Dès que vous poussez la porte, vous le sentez. Ce mélange de reggae en sourdine, d’épices chaudes et de conversations animées qui flotte dans l’air. Les murs aux couleurs vives, les posters de Bob Marley et cette énergie particulière qui fait qu’on se sent tout de suite ailleurs, loin du bitume parisien. Jah Jah by Le Tricycle, ce n’est pas simplement un restaurant végane de plus dans la capitale. C’est une affirmation culturelle, un bout de Jamaïque transplanté rue des Petites Écuries, où l’authenticité afro-caribéenne rencontre le mouvement végétal sans jamais se diluer dans la tendance. Ce qui frappe ici, c’est cette capacité à créer un vrai lieu de vie, pas juste une adresse Instagram. On vient autant pour manger que pour respirer, pour se poser dans un univers où la nourriture raconte une histoire, celle de deux fondateurs qui ont transformé un vélo en empire culinaire.
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ToggleUn projet né d’un vélo et d’une vision

Coralie Jouhier et Daquisiline Gomis n’ont pas commencé dans un restaurant étoilé. En 2014, ils ont sillonné Paris avec un triporteur baptisé Le Tricycle, vendant des hot-dogs végétariens aux saveurs afro-véganes et caribéennes. L’idée paraissait folle à l’époque, quand le végane faisait encore figure de curiosité marginale. Pourtant, leur food bike a rapidement conquis les Parisiens, créant une communauté fidèle qui les suivait de quartier en quartier. Cette période nomade a forgé leur identité, leur approche directe et sans chichi de la cuisine.

Le passage à la sédentarité s’est fait progressivement. En 2016, ils ouvrent Le Tricycle Store, leur premier espace fixe. Moins d’un an après, en 2017, naît Jah Jah by Le Tricycle au 11 rue des Petites Écuries. Le lieu devient rapidement une référence du mouvement afro-vegan parisien, un terme qu’ils ont contribué à populariser. Leur philosophie tient en trois piliers simples mais puissants : l’effort physique, bien se nourrir, écouter de la musique. Cette devise, portée par Daquisiline Gomis, structure encore aujourd’hui toute leur démarche. Pionniers d’un genre qu’on ne savait même pas nommer, ils ont créé un espace où leurs origines caribéennes et leur engagement végétal cohabitent naturellement.
La cuisine Ital : quand le rastafari rencontre le végétal
Le menu de Jah Jah puise dans la cuisine Ital, ce régime alimentaire des rastafaris jamaïcains qui existait bien avant que le mot vegan ne devienne viral sur les réseaux sociaux. Ital, contraction de vital, repose sur un principe simple mais radical : manger ce que la terre offre sans transformation industrielle, sans produits animaux, sans sel ajouté. C’est un mode de vie autant qu’une alimentation, une manière de capter l’énergie brute des aliments pour vivre en harmonie avec la nature. Les rastafaris considèrent que les produits transformés sont des aliments dénaturés qui affaiblissent le corps et l’esprit.
Concrètement, cela signifie pas de viande, pas de poisson, pas de produits laitiers ni d’œufs. Mais ce n’est pas qu’une liste d’interdits. La cuisine Ital célèbre les légumes racines caribéens comme l’igname et la patate douce, les légumineuses riches en protéines, les fruits tropicaux et surtout les épices : thym, piment, poivre, noix de coco, oignon. Chaque plat doit faire ressentir cette vitalité, ce goût franc et direct qui ne triche pas. Chez Jah Jah, cette philosophie se traduit par une carte qui change quotidiennement selon les arrivages, refusant la standardisation des menus figés. On y retrouve cette tension entre rigueur spirituelle et plaisir gustatif, cette manière de transformer une contrainte alimentaire en célébration sensorielle.
Ce qu’on trouve dans l’assiette

La carte de Jah Jah ne cherche pas à imiter la viande ou à jouer la carte du comfort food américanisé. Elle assume pleinement ses racines afro-caribéennes tout en intégrant des influences créoles, américaines, indiennes et libanaises. Les bols du jour constituent le cœur de l’offre : chauds, froids ou crus, ils évoluent selon la saison et l’inspiration des cuisiniers. Les portions sont généreuses, les prix tournent autour de 15 euros le plat, ce qui reste raisonnable pour Paris. On y mange vraiment, pas symboliquement.
Parmi les spécialités qui reviennent régulièrement, on trouve :
- Bols du jour (chauds, froids, crus) composés selon les arrivages
- Burger au champignon portobello pané, croustillant et charnu
- Brochettes de tempeh mariné aux épices caribéennes
- Wings de chou-fleur épicées, addictives et bien relevées
- Hot-dog végan revisité, clin d’œil aux origines du Tricycle
- Desserts maison qui varient quotidiennement
Ce qui frappe, c’est la capacité à créer de vrais profils de saveurs sans recourir aux substituts industriels. Le burger au portobello tient la route face à n’importe quel burger carné, pas par mimétisme mais par sa propre force gustative. Les wings de chou-fleur ont conquis même les plus sceptiques. Ici, on ne vous vend pas une version dégradée de ce que vous connaissez, on vous propose autre chose, avec ses propres codes et sa propre légitimité.
L’adresse et l’ambiance qui vont avec
Jah Jah se niche au 11 rue des Petites Écuries dans le 10ᵉ arrondissement, une artère vivante et cosmopolite du quartier de l’Entrepôt, à deux pas du métro Château d’Eau ou Bonne Nouvelle. La rue elle-même concentre une dizaine de restaurants, mais Jah Jah se repère facilement à sa devanture colorée et à l’attroupement devant la porte aux heures de pointe. Pas de réservation possible ici, c’est premier arrivé, premier servi, ce qui crée parfois de l’attente mais contribue à cette atmosphère décontractée et spontanée.
À l’intérieur, la décoration ne cherche pas le raffinement. Tables en formica, chaises dépareillées, affiches de Bob Marley aux murs, plantes vertes qui débordent un peu partout. La salle peut accueillir environ 50 personnes dans une ambiance bruyante et chaleureuse. La musique africaine et afro-américaine diffusée en fond n’est jamais trop forte, juste assez présente pour donner le ton. C’est un lieu où on vient entre amis, où on discute fort, où personne ne vous regardera de travers si vous restez deux heures devant votre bol vide. Cette absence totale de chichi, de dress code invisible et de codes bourgeois fait partie intégrante du projet.
Horaires et informations pratiques
Le restaurant fonctionne sur des créneaux précis qu’il vaut mieux connaître avant de se déplacer. Jah Jah ouvre du lundi au samedi, avec une coupure l’après-midi comme beaucoup d’établissements parisiens. Le mardi est fermé, ce qui surprend souvent les habitués du dimanche off. L’affluence est particulièrement forte le vendredi et samedi soir, il faut donc s’armer de patience ou arriver tôt pour éviter la file d’attente.
| Jour | Horaires |
|---|---|
| Lundi | 12h00-14h30 |
| Mardi | Fermé |
| Mercredi | 12h00-14h30 et 19h00-22h00 |
| Jeudi | 12h00-14h30 et 19h00-22h00 |
| Vendredi | 12h00-14h30 et 19h00-22h00 |
| Samedi | 12h00-14h30 et 19h00-22h00 |
| Dimanche | Fermé |
Pour les contacter, le numéro de téléphone est le 01 46 27 38 03. Vous pouvez aussi les suivre sur Instagram via le compte @jahjahparis qui publie régulièrement les menus du jour et les événements à venir. Le site officiel jahjahparis.com donne les informations de base mais reste volontairement minimaliste. Niveau transports, les stations de métro Château d’Eau (ligne 4) et Bonne Nouvelle (lignes 8 et 9) vous déposent à quelques minutes à pied. L’attente peut être longue aux heures de pointe, mais rares sont ceux qui repartent déçus.
Au-delà du restaurant : l’univers Jah Jah
Le restaurant n’est que la partie visible d’un projet plus vaste. Coralie et Daquisiline ont développé tout un écosystème culturel autour de Jah Jah. Le Jah Jah Sound System organise régulièrement des soirées musicales qui rassemblent les amateurs de reggae et de musiques africaines, transformant le lieu en véritable espace de fête et de rencontre. Le Jahiking, leur club de randonnée, a pour vocation de sensibiliser les minorités à la pratique des sports en plein air, brisant les codes d’un milieu outdoor historiquement très blanc. Le Jah Jah Studio, espace créatif situé au 34 rue des Petites Écuries, accueille des événements mêlant mode, art et musique. Ces initiatives fédératrices montrent que Jah Jah n’est pas qu’une affaire de cuisine, mais un vrai projet de vie qui refuse de se cantonner à un seul domaine.
Jah Jah by Le Tricycle a réussi ce que peu d’adresses accomplissent : créer un lieu qui compte, où l’on revient pas seulement pour manger mais pour retrouver une atmosphère, une énergie, une manière d’être au monde qui refuse les compromis fades et les identités édulcorées.



